Interview (Pratique des arts, Juni/Juli 2007) - Roman Reisinger

HUILE ROMAN REISINGER Par Isabelle Kersimon, Photos: Sylvie Durand L’EXIGENCE DU RÉALISME C’est sous la direction de son père, lui-même peintre, que cet artiste néerlandais installé en France a développé sa technique picurale minutieuse. Á la manière de ses illustres prédécesseurs hollandais, elle fait la part belle aux natures mortes et aux superpositions de glacis. Comme de nombreux peintres, jái fait un choix de vie radical pour pouvoir épouser les convictions qui sont les miennes, où la qualité de l’éxistence et celle de l’art pictural sont intimement liées. Dans ma vie quotidienne, elle se traduit par une exigence relative à mon environnement; dans ma peinture, elle réside dans le savoir-faire traditionnel, comme les couches de glacis ou encore les cadres faits main. LE QUOTIDIEN MIS EN LUMIÈRE La peinture est un véritable bonheur existentiel, au sens où elle autorise une liberté créative absolue, sur la base de la réalité environnante. Cette réalité ne cesse de m’éblouir et je ne me lasse jamais d’observer l’extrême richesse de la nature. La beauté est à portée de regard pour qui lui consacre du temps. Peindre et goûter les choses de la vie sont deux activités similaires. Je choisis les éléments d’une nature morte en fonction d’un coup de coeur que je vais éprouver, par exemple, pour les bouteilles d’un ami collectionneur l’apparition des prunes en été au jardin, ou les poiriers de mon voisin. Je pense longuement au sujet avonat d’assembler les éléments du futur tableau en fonction de leur matière et de leur réaction à la lumière. Pratiquant la pêche à la mouche, j’ai commencé à travailler les matières avec les poissons, en m’attachant à comprendre la complexité de leurs formes, le jeu des reflets sur leur écailles. Mais que dire des visages humains! Toute la difficulté du portrait – et sa beauté ! – réside dans l’art de capter le caractère du sujet, son expression. J’aime les visages forts ou asymétriques, marqués, vivants. Je choisis les couleurs du fond en fonction de celles de la peau : une carnation n’est jamais homogène, tout comme une peau n’est jamais rose et révèle notamment le bleu des vaisseaux capillaires sous-cutanés. Je prends également en considération la couleur des cheveux, des vêtements et de la lumière. Le résultat, bien que réaliste, ne corespond en rien à une prise de vue photographique. PEINDRE À L’HUILE POUR APPOCHER LE RÉEL Je n’ai aucune théorie de la couleur: je les choisis en fonction de ce que je ressens. J’utilise indifféremment les marques Winsor & Newton ou Daler-Rowney. En revanche, je n’aime pas le noir en tube, je le fabrique avec du bleu et du brun pour qu’il soit chaud et vivant. Je dois préciser aussi que je n’utilise jamais une couleur pure, et que ma palette change chaque jour et pour chaque nuance. Mes deux supports privilégiés sont la toile de lin brut et le bois. Le grain de la toile, en laissant apparaître les sous-couches par endroits, parfois en transparence, parfois en opacité, confère vie au sujet. Le bois, aussi lisse qu’un miroir, me contraint à produire volontairement ces effets. Son avantage est que, le pinceau glissant dessus, je peux ainsi travailler facilement les détails les plus fins. L‘huile est pour moi le medium idéal, d’une part parce qu’elle est qualitativement supérieure à l’acrylique, et aussi parce qu’elle se réfère à une tradition qui m’est chère; d’autre part parce qu’elle autorise les séries de couches en glacis qui me permettent d’approcher véritablement le réel; enfin, j’aime par-dessus tout son intensité et sa brillance, d’une pérennité quasi absolue.